Le lingala en passe de devenir « le congolais » ?

Le lingala a connu sa première expansion à partir du 17ème siècle puisqu’il était utilisé comme langue du commerce le long du fleuve Congo, entre Kisangani et le Pool Malebo. Elle s’imposa comme la langue de

Tanga na Lingala

communication entre les gens de différentes communautés linguistiques le long du fleuve. L’aire traditionnelle du lingála s’étend de Kinshasa – Brazzaville en remontant les provinces du Nord des deux Congo jusqu’à la province orientale de la RD Congo où le lingála se partage le terrain avec le kiswahili.

A la colonisation, le lingala fut utilisé aussi comme langue de l’armée. Plus tard il sera choisi comme langue d’enseignement dans son aire décrite ci-haut. Kinshasa et Brazzaville furent fixées comme capitales des deux Congo. Comme les gens venaient de partout pour y habiter, différentes langues furent utilisées comme langues de communication. Principalement le lingala le kikongo (munukutuba et le kikongo dit classique), le tshiluba, le kiswahili ou le lari.

Le lingala prit petit à petit le dessus dans les deux villes du fait qu’il fut adopté par les musiciens et les gens du théâtre. C’est donc par la voie culturelle que le lingala a pris son envol.

Par la suite, les enfants nés dans ces villes ont en général rejeté les langues de leurs parents pour adopter le lingala, créant de ce fait une communauté congolaise minimisant les différences communautaires. Le lingala est devenu la langue première de la grande majorité des natifs. Cette population urbaine s’est approprié le lingala au détriment des langues de leurs parents et grands-parents venus de tous les coins du grand Congo.

La centralisation des affaires politiques, économiques et culturelles dans les deux villes ont accru l’exode rural. Ensuite, la crise économique a jeté de nouveau les enfants des anciens émigrés du Congo profond vers ce même Congo profond apportant avec eux leur monolinguisme lingala. C’est ainsi que les jeunes du Congo profond vont, à leur tour, utiliser le lingala comme langue de prestige.

Le lingala se répand ainsi sur toute l’étendue du grand Congo où dans les villes comme Pointe-Noire, Matadi ou Kikwit, bastion du munukutuba, on voit de plus en plus les gens utiliser le lingala dans leurs communications quotidiennes. A Lubumbashi, Bukavu ou Goma, le lingala talonne le kiswahili alors qu’à Mbuji-Mayi et Kananga, la langue de Lutumba grappille le terrain au tshiluba. Son usage se renforce dans les provinces du nord dans les villes comme Ouesso, Mbandaka, Kisangani, Impfondo, Djambala, Gbadolite,…

Mais cette langue souffre d’une réputation de langue de voyou, langue pauvre, etc. Hors il est aussi devenu le symbole même de la congolité. Il appartient donc à ses locuteurs de l’utiliser non seulement pour des discussions du type vulgaire et ordinaire comme c’est le cas actuellement mais aussi pour des discussions intellectuelles, scientifiques et littéraires afin de lui permettre de jouer ce rôle de « le congolais ». Voilà pourquoi je travaille à systématiser la terminologie du lingala et je contribue à sa promotion en tant que langue littéraire et scolaire.

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